Les sécheresses cumulées à Tronçais

Dernière mise à jour le 19 avril 2021 par Francis Leblanc

L’Office national des forêts (ONF) observe depuis 2020 des dépérissements en forêt de Tronçais

Les sécheresses cumulées à Tronçais

Après un enchaînement de sécheresses hors normes, l’Office national des forêts (ONF) observe depuis 2020 des dépérissements en forêt de Tronçais et plus largement dans les forêts de l’Allier. Grâce à d’importants relevés de terrain réalisés fin 2020, le département Santé des forêts (DSF) a remis un rapport quantifiant et qualifiant la situation de façon plus précise pour la forêt de Tronçais. Les saisons à venir vont être déterminantes quant à l’avenir des peuplements.

En décembre 2020, le département Santé des forêts (DSF) du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a piloté un suivi sanitaire renforcé en forêt de Tronçais complétant ainsi les inventaires réalisés dans les principales forêts du département de l’Allier : Dreuille, Marcenat et Jaligny. Un protocole de notation des dépérissements a été mis en œuvre et a permis d’évaluer l’état sanitaire de 179 placettes. Soit plus de 3 600 arbres observés sur Tronçais, couvrant ainsi l’ensemble des différentes parties de la forêt.

Les résultats permettent ainsi de qualifier et quantifier les observations faites sur le terrain en 2020. Sur Tronçais, les vieux peuplements montrent une plus grande fragilité. Les peuplements déstructurés par les mortalités des hêtres notamment, présentent plus de risques de poursuivre leur dégradation par perte de l’ambiance forestière.

Les 2/3 des 179 placettes observées ne présentent pas de signe de dégradation significatif. Les 10% des placettes les plus dégradées concernent pour l’essentiel des peuplements de gros bois très âgés. La dégradation de l’état sanitaire est observée surtout sur le hêtre. Le chêne réagit plus lentement que le hêtre à la suite d’un stress.

A retenir de l’analyse du département Santé des forêts :

  • 40-50 % des hêtres (dont près de 20 % d’arbres morts) inventoriés montraient des signes importants de dépérissements en fin d’année ;
  • 25 % des chênes pédonculés ;
  • et 15 à 20 % des chênes sessiles (dont seulement 2 à 3 % sont morts).
Dépérissement en Forêt de Tronçais - Les forestiers observent de plus en plus d’arbres dépérissants dans les forêts de Tronçais, Dreuille...

Ce phénomène de dépérissement est suivi de près par les forestiers de l’ONF qui ont adapté dès le début, les actions de gestion pour renforcer la capacité de résilience de la forêt et assurer la sécurité du public qui parcourt Tronçais.

Depuis l’été 2020, des arbres morts ou mourants sont coupés s’ils représentent un danger près des aménagements d’accueil ou des routes par exemple. Ils sont aussi récoltés si le bois est de haute qualité afin de valoriser une ressource écologique, renouvelable et poursuivre le stockage du CO2 dans des produits bois. Mais certains arbres morts sont aussi laissés en place pour développer les habitats où s’exprime le plus la biodiversité. En effet le bois mort héberge près de 25% de la biodiversité forestière.

L’ONF a décidé de limiter les actions qui pourraient perturber l’ambiance forestière, les habituelles éclaircies dans les peuplements de gros bois ont été reportées. L’ambiance forestière est un facteur stratégique dans ces vieux peuplements et les forestiers veillent à la préserver.

D’autre part, des mises en régénération seront anticipées dans les parcelles très dégradées. En effet, si trop d’arbres dépérissent, cela peut obliger à renouveler une parcelle pour ne pas perdre le potentiel de reproduction naturelle. 85 hectares devront ainsi être renouvelés avant leur terme. Le forestier prendra alors soin de favoriser une mosaïque d’habitats afin de préparer l’avenir et d’accompagner la forêt dans le cadre des changements climatiques.

Dans l’Allier, les conditions climatiques des dernières années ont été défavorables aux peuplements forestiers avec des sécheresses exceptionnelles, synonymes de stress hydrique important. Trois indicateurs permettent de caractériser un stress hydrique : la précocité du stress, la longueur de l’épisode de stress et son intensité.

Le département Santé des forêts a réalisé une analyse climatique via l’outil Biljou (modèle de bilan hydrique forestier de INRAE, un outil de calcul et d’interprétation des flux d’eau à l’échelle des peuplements). Après 2018 et 2019, l’année 2020 constitue une troisième année consécutive de stress hors normes pour les peuplements forestiersUne telle situation n’a jamais été identifiée depuis 1959, selon l’historique des données Biljou).

La situation climatique et les stress induits constituent des phénomènes dont les conséquences sont inconnues car la situation est inédite. Les forestiers observeront avec attention le débourrement des arbres (quand bourgeons et feuilles apparaissent) au printemps 2021, et continueront d’adapter leur gestion en fonction de l’évolution de la situation sanitaire des peuplements forestiers.

La fin du printemps sera décisive pour observer comment les arbres réagissent. Les forestiers seront donc très attentifs aux signes de reprise des arbres : un feuillage bien fourni, l’absence de branches mortes, etc.

Je télécharge le communiqué de presse de l’ONF

Je télécharge la carte « Inventaire sanitaire de Tronçais »

 

Mise en ligne : Francis Leblanc
Crédit texte et photos : ONF