Valigny dans la Grande Guerre écrire dernier lien avec le pays

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J’ai bien reçu ta lettre…

Valigny pendant la Grande Guerre - Chanson Les petites marraines

Valigny dans la Grande Guerre écrire dernier lien avec le pays

Pour raffermir le moral des troupes, tout est fait pour que les poilus puissent envoyer et recevoir du courrier. Ceux qui n’ont guère de famille ni de petite amie peuvent se reposer sur une « marraine de guerre » avec qui correspondre.

Quelques lignes griffonnées à la hâte, avec un crayon mal taillé, parfois à la lueur d’une lampe : les cartes-postales et lettres retrouvées pour préparer cette exposition sont touchantes, dans leur volonté de rassurer ceux de l’arrière.

« Je vais bien » est le leitmotiv. En cas de blessure, ou de maladie, le soldat tranquillise ses proches : d’abord la convalescence, et puis peut-être une permission… Peu de détails sur l’ordinaire du poilu, ses tâches et ses souffrances. On demande des nouvelles des amis au front, mais l’on ne se détache jamais complètement des réalités du pays. Ainsi Louis Duchézeau demande à sa filleule :

« Tu me diras si tes petits cochons ont bien profité, et si tu les as fait châtrer. Tu me diras combien qu’ils valent d’argent. »

Valigny pendant la Grande Guerre - Humour militaire - Le Pélerin 11 juin 1916

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Courriers de Louis Duchézeau

Valigny pendant la Grande Guerre - Chanson Son filleul
Valigny pendant la Grande Guerre - Arbre Duchézeau
Valigny dans la Grande Guerre écrire dernier lien avec le pays - Pour raffermir le moral des troupes, tout est fait pour que les poilus puissent envoyer et recevoir du courrier. Ceux qui n’ont guère de famille ni de petite amie peuvent se reposer sur une « marraine de guerre » avec qui correspondre.
Valigny pendant la Grande Guerre - Courrier original Louis Duchézeau

Dimanche, Paris 6 février 1916

Chers parents,

Je vous fais ces quelques mots pour vous dire que aujourd’hui nous sommes de passage à Paris. Vous me demandiez où que nous passions, même Lyon, Mâcon, Dijon, nous voulons pas arriver au front devant mardi.

Nous sommes fatigués d’être dans le train, mais on s’en fait pas pour cela. On boit beaucoup de vin avant d’aller voir les boches.

Allons chers parents, je vous en mets pas plus pour cette fois.

Recevez les meilleures amitiés de votre enfant, j’espère que ma carte vous trouve tous en bonne santé comme elle me quitte.

Duchézeau Louis

Jean [dit Louis] Duchézeau (classe 1914),


Chère petite filleule,

Je te souhaite mes meilleurs vœux de bonne année, et le meilleur que tu sois en bonne santé. Chère petite filleule tu souhaiteras une bonne et heureuse année au papa et à la mama en pour moi tu les embrasseras bien de ma part.

Le meilleur serait la fin de la guerre pour aller auprès de vous.

Allons chère petite filleule, reçois les meilleures amitiés de ton petit parrain.

Duchézeau Louis

Jean [dit Louis] Duchézeau (classe 1914),


Brunel, le 28 mars 1916

Chère petite filleule,

Je suis été très heureux de recevoir ta lettre auquel tu me dis que tu as fait une bonne communion et que tu as été pas malade. Tu me dis que tu es enrhumée ; te faudra boire de l’huile de foie de morue, ça te fera du bien.

Chère petite filleule, nous de ce moment nous sommes après à faire un abri dans la terre, mais nous sommes pas trop malheureux. Si la guerre pouvait finir dans quelques mois nous aurions beaucoup de chance.

Allons chère petite filleule, j’espère que ma carte te trouvera en bonne santé comme elle me quitte, reçois de ton petit parrain mes bonnes amitiés.

Duchézeau Louis

Jean [dit Louis] Duchézeau (classe 1914),

Oncle de Raymond CANCRE

Courriers d'Ernest Doucet

Valigny pendant la Grande Guerre - Arbre famille Doucet
Valigny pendant la Grande Guerre - Lettre originale Ernest Doucet - 12 novembre 1914
Valigny pendant la Grande Guerre - Décès Ernest DOUCET
Valigny pendant la Grande Guerre - Courrier Entreprise Jean Doucet 29 décembre 1914
Valigny pendant la Grande Guerre - Diplôme Ernest DOUCET "Hommage de la Nation"
Valigny pendant la Grande Guerre - Diplôme Ernest DOUCET "Mort pour la Patrie"

Lettres de la famille Doucet, tuiliers au Champ-Martin

Automne-Hiver 1914

Ernest Doucet à sa sœur Alice :

Valbonne le 21 septembre [1914], Chère sœur,

Je fais réponse à ta lettre du 14 septembre laquelle m’a bien fait plaisir de savoir que vous êtes en bonne santé […] Je [me] porte bien et je pense que ça continuera, car ici on respire l’air pur, c’est grand à perte de vue. […] Quant à notre vie au camp ça va bien, nous sommes dans des casernes construites nouvellement, nous avons des paillasses pour coucher et la cuisine va bien. Nous respirons l’air pur des montagnes du Jura. […] Inutile d’affranchir les lettres, elles arrivent c’est la même chose, c’est deux sous d’économie. Ernest.


Aristide Doucet à ses parents :

Tonnerre, le 12 novembre 1914, 10 h 5 du matin, Chers parents,

Deux mots seulement pour vous dire que je pars pour le théâtre des opérations. Je ne sais pas où on va. Ne vous faites pas de bile pour moi. Je me porte bien et je pense que vous êtes de même. Je termine en vous embrassant tous de grand cœur. Aristide


Jean Doucet père à son fils Ernest :

Valigny, le 23 novembre 1914, Cher fils,

En réponse à ta lettre […] dans laquelle tu nous dis que tu as fait un bon voyage quoique vous avez quelque peu souffert du froid dans votre transport. Enfin ce qui nous fait plaisir est d’apprendre que vous êtes habillés très chaudement. Tout ce que nous avons regret c’est de ne pas t’avoir muni d’un imperméable, chose qui est très pratique et léger, et un passe-montagne pour te protéger la tête et la figure pendant la nuit.


Alice Doucet à son frère Ernest :

Valigny, le 8 décembre 1914, Cher frère,

N’ayant pu t’envoyer ton paquet hier je vais te l’expédier aujourd’hui […] Il y a un passe montagne […] une savonnette, une douzaine d’enveloppes […] une tablette de chocolat et deux paquets de cigarettes. Quant au passe-montagne, c’est Andrée qui l’a confectionné ; c’est presque le plus grand travail des jeunes filles et des institutrices. Si toutes les communes en fournissaient autant que Valigny, je crois que vous en auriez au moins chacun une demi-douzaine.


Alice Doucet à son frère Ernest :

Valigny, le 10 décembre 1914, Cher frère,

[…] Tu demandes des nouvelles de tes camarades. […] nous avons appris la mort à Borel Pernier que tu dois bien connaître. Il n’y a pas souvent de ces tristes nouvelles, mais toujours assez pour les pauvres familles. Il y a aussi Costet l’aîné qui était aux alpins qui est mort à l’ennemi depuis la fin d’août ; toujours pas de nouvelles de J. Chaput depuis le 26 août. […] Quant à la situation actuelle elle est assez bonne paraît-il, messieurs les boches sont en train d’en recevoir une frottée dont ils se souviendront avec horreur. Le plus ennuyeux c’est que ce n’est pas Guillaume qu’ils opèrent ainsi, mais son tour viendra quand même et souhaitons que ce soit bientôt ; si toutes les malédictions qui lui sont adressées avaient un certain pouvoir, je crois qu’il y a déjà longtemps qu’il serait ami des taupes.


Aristide Doucet à son frère Ernest :

Annecy, le 11 décembre 1914, Cher frère,

Je t’envoie ces quelques lignes pour te donner de mes nouvelles qui sont très bonnes pour le moment. Je désire de grand cœur que tu sois de même, parce qu’il ne doit pas faire bien bon dans ces tranchées, avec ces cochons de boches qui ne veulent pas sortir de chez nous. Enfin espérons que tout ira bien et que l’on reviendra sain et sauf. […] J’ai été en permission […] je t’assure que c’est pas long neuf jours de permission […] j’étais bien heureux de revoir les vieux parents et eux aussi […] enfin tout le monde était content mais seulement c’est toi qui manquais, enfin espérons toujours que l’on se retrouvera tous un jour ensemble après la victoire finale.

Il y a du picton qui est bon, je t’assure que j’en bus encore assez. Il y en a pas beaucoup, mais peut-être il y en aura encore quand tu retourneras les voir. […] Cher frère, reçois les sentiments les plus profonds de ton frère Aristide.


Ernest Doucet à sa sœur Alice :

Nord, 15 décembre 1914, Chère sœur,

Je t’envoie ces deux mots pour te donner de mes nouvelles qui sont bonnes pour le moment. Je te dirai que nous sommes au repos depuis un jour et depuis nous avons même moins de temps à nous qu’à la tranchée : ce n’est que des revues à passer, de vivres, d’effets, et après marche militaire de sorte que nous avons pas une minute à nous. […] Aujourd’hui je vous griffonne ces deux mots au pas gymnastique à la lueur d’une lampe de mineur, car nous sommes cantonnés dans une mine de charbon. Nous sommes bien, mais c’est tout. […] Ernest.


Ernest Doucet est décédé le 22 décembre 1914 – une semaine plus tard – à Paris, des suites de ses blessures reçues sur le champ de bataille.

Valigny pendant la Grande Guerre - Carte de combattant Aristide Doucet
Valigny pendant la Grande Guerre - Carte de mutilé Aristide Doucet