Valigny dans la Grande Guerre compter les poilus

Dernière mise à jour le 14 mai 2018 par Francis Leblanc

Compter les « poilus » de Valigny, habitants ou originaires ?

Valigny dans la Grande Guerre compter les poilus

Le recensement de 1911

Ce comptage suit une base démographique, grossière, mais qui donne un ordre d’idées. Le dernier recensement avant la guerre date de 1911. La commune comporte alors 884 habitants, auxquels il faut adjoindre 64 pensionnaires, ce qui fait une population de 948 âmes. On dénombre parmi ces habitants 441 hommes, dont la date de naissance nous est connue.

Valigny pendant la Grande Guerre - Recensement 1911

On peut alors regrouper la population masculine par « classe » (l’année des 20 ans), puis extrapoler quelle sera l’affectation de ces valignois dans la guerre à venir :

  • Soit dans l’armée d’active, ou sa réserve (classes 1900 à 1918) ;
  • Soit dans l’armée territoriale, ou sa réserve (classes 1887 à 1899).

Le tableau joint fait apparaître 193 habitants mobilisables, dont 113 dans l’active ou sa réserve.

Ce mode de calcul comporte plusieurs défauts :

  • Il ne tient pas compte des divers mouvements de la population (déménagements, décès entre 1911 et 1914) ;
  • Il ne prend pas en compte les statuts militaires particuliers (réforme, exemption) ;
  • Le recensement de 1911 (voir graphique) ne comptabilise pas les classes 1908 et 1909, car ses membres font leur service militaire. On doit donc reconstituer leur effectif à l’aide des registres matricules de l’armée.
Valigny pendant la Grande Guerre - Recensement 1911
Valigny pendant la Grande Guerre - Registre matricule
Valigny pendant la Grande Guerre - Conscrits 1906

Les registres matricules

On peut aussi rechercher les « poilus » de Valigny en dépouillant les registres matricules. Chaque conscrit, lors du conseil de révision, se voit affecter une page le concernant (voir l’exemple ci-contre), où seront consignés tous les faits relatifs à sa vie militaire :

  • Éléments biographiques (parents, date & lieu de naissance, lieu de résidence à 20 ans, profession) ;
  • Description physique (taille, morphologie du visage, niveau de connaissances) ;
  • Affectations successives, grades, distinctions ;
  • Chronologie complète, de l’incorporation au classement ultime « sans affectation » ;
  • Pour la période de guerre, citations, blessures, décisions de réforme ou de pension ultérieure ;
  • Mention éventuelle des circonstances de décès.

Le décompte réalisé fait apparaître 246 mobilisés (originaires ou résidents), dont 178 dans la « zone des armées » et 68 « à l’arrière ».

Parmi eux, 60 blessés, 10 prisonniers et 43 morts pour la France (soit 12 de plus que sur le monument aux morts).

Ce mode de calcul comporte plusieurs défauts :

  • Il ne permet pas toujours de retrouver tous les conscrits, lorsqu’ils tirent au sort dans un département éloigné (ainsi 28 sont « perdus ») ;
  • Il permet de suivre assez facilement les natifs de Valigny, plus difficilement les résidents de Valigny, en particulier lorsqu’ils s’y établissent longtemps après leur service militaire ;
  • … et c’est un dépouillement très chronophage
Valigny pendant la Grande Guerre - La loi de trois ans

Les conscrits

À 20 ans, le jeune homme est « conscrit », et passe le conseil de révision, qui le déclare apte ou non au service, « Bon pour les filles ! » disait-on. C’est l’occasion de nombreuses festivités au sein de la jeunesse des bourgs.

Les conscrits portent souvent des papiers portant un numéro, en souvenir de l’époque où le départ à l’armée était soumis à un tirage au sort. Les petits numéros (les « mauvais ») partaient, les autres (les « bons ») étaient exemptés. Ce système ne disparaît qu’en 1905, quand le service militaire devient obligatoire, et ne dure plus que deux ans (contre cinq auparavant). L’incorporation se fait à 21 ans, âge de la majorité.

En 1913, la loi Barthou dite loi des trois ans, fait passer le service militaire de deux à trois années. Le recensement des appelés s’effectue à 19 ans, abaissant l’âge d’incorporation à 20 ans. (La classe 1913 est incorporée en 1913 et non 1914).

Après le service militaire

Une fois son temps effectué, on délivre au militaire son certificat de bonne conduite, et il est rendu à la vie civile. Ensuite, il demeure dans la réserve pour sept années, et doivent accomplir deux périodes d’exercices. Ils conservent avec eux leur livret militaire, comportant les consignes en cas de mobilisation. Leurs changements de résidence doivent être signalés à l’autorité militaire.

Passé 35 ans, tout citoyen est mobilisable dans l’armée territoriale (jusqu’à 41 ans) puis la réserve de la territoriale. Ce n’est qu’au-delà de 48 ans que les hommes sont complètement libérés de leurs obligations militaires.